Insécurité alimentaire : le plein emploi insuffisant pour la réduire

Malgré la reprise économique des dernières années, le plein emploi ne semble pas réduire l’insécurité alimentaire au Québec. L’Observatoire a obtenu l’accès aux données historiques des Banques alimentaires du Québec (BAQ), ce qui lui permet d’analyser l’évolution des profils des bénéficiaires ayant eu recours à l’aide alimentaire de 2006 à 2019. Ainsi, bien que certains ménages s’en sortent mieux que d’autres, le nombre de bénéficiaires des BAQ présente une tendance à la hausse depuis 2007.

Le réseau des banques alimentaires du Québec (BAQ) regroupe des organismes œuvrant en aide alimentaire présentes sur tout le territoire du Québec. La mission de ce réseau est de « soutenir les membres dans la réalisation de leur mission par la mise en commun de ressources et d’expertises afin de contribuer à l’aide alimentaire aux personnes fragilisées en situation de vulnérabilité. » Parmi les organismes membres, près de la moitié sont des banques alimentaires qui, par leurs services, permettent de nourrir les personnes dont les revenus sont insuffisants pour combler les besoins de base, diversifier l’offre des déserts alimentaires et de réduire le gaspillage.

Le réseau des BAQ produit chaque année le « Bilan-faim Québec », un portrait descriptif des bénéficiaires des services offerts par ses organismes. Ces données permettent de rendre compte de la difficulté qu’éprouve une partie de la population à couvrir un des besoins de base permettant de vivre dans une certaine dignité : l’accès à la nourriture. Le travail des BAQ représente aujourd’hui un maillon essentiel de lutte contre les inégalités de qualité de vie et la malnutrition, complémentant une certaine fragilité du filet social. Les défaillances du marché du travail au Québec, quant à elles, contribuent à la persistance de l’insécurité alimentaire.

 

Faits saillants

  • Cette publication analyse l’évolution des profils des bénéficiaires de l’aide alimentaire à partir des données fournies par le réseau des Banques alimentaires du Québec (BAQ) entre 2006 et 2019.

  • Le nombre de bénéficiaires des BAQ a tendance à augmenter depuis 2007, ce qui s’explique entre autres par la hausse significative du recours à l’aide alimentaire par les personnes célibataires.

  • Le faible revenu est l’une des causes les plus importantes de l’insécurité alimentaire, comme en témoigne la proportion de bénéficiaires des BAQ dont la principale source de revenu provient de l’aide sociale.

  • L’année 2009-2010 représente une période charnière, durant laquelle les effets de la crise financière et de la récession sur le marché du travail se sont fait le plus sentir.

  • Malgré la reprise économique des dernières années, le plein emploi ne semble pas réduire l’insécurité alimentaire au Québec. Certaines conditions de travail, dont la rémunération, ne sont pas garantes de l’amélioration de la qualité de vie.

  • Les banques alimentaires permettent de 1) nourrir les personnes dont les revenus sont insuffisants, 2) combler et diversifier l’offre alimentaire des déserts alimentaires et 3) réduire le gaspillage alimentaire. Elles devraient toutefois être davantage conçues comme un service de dernier recours, plutôt qu’une solution permanente à un problème récurrent.

  • Il est possible d’agir sur l’insécurité alimentaire de quatre façons : par la bonification des mesures de prévention de la pauvreté et du soutien au revenu; par un plus grand soutien des banques alimentaires; par une meilleure concertation entre les ministères et entre les gouvernements, et par l’évaluation de l’état de l’insécurité alimentaire au Québec.

  • Le cas de Terre-Neuve-et-Labrador – qui a vu son niveau d’insécurité alimentaire chez les prestataires d’aide sociale baisser fortement à la suite de la réforme de sa stratégie de lutte contre la pauvreté – démontre qu’il existe des solutions efficaces.

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