Blogue de l'Observatoire

Que sait-on des 10 % au sommet de l'échelle des revenus au Canada ?

Par Sandy Torres, rédactrice-analyste à l'Observatoire

 

Les 10 % revenus les plus élevés dans la distribution des revenus d'un pays réunissent les personnes très favorisées sur le plan économique. Une façon de mesurer les inégalités consiste à suivre la part du revenu national captée par cette fraction privilégiée de la population. Alors qu'elle ne comprend que 10 % des personnes classées selon leur revenu, elle accapare près du tiers du revenu disponible national au Canada. Voici quelques faits issus de l'examen de l'évolution des hauts revenus depuis le début des années 1980.

 

Hausse des inégalités de revenu liée à la montée des hauts revenus

La montée des hauts revenus au sommet de la distribution des revenus explique en partie la hausse des inégalités enregistrée à partir des années 1980. Plus précisément, cette montée s’est poursuivie jusqu’au milieu des années 2000. L’emballement des rémunérations élevées des hauts cadres, l’accélération de la compétition internationale dans les marchés et les mécanismes de la mondialisation auraient exacerbé les écarts de revenu.

Au Canada, la part des 10 % plus riches représentait :

  • 28 % du revenu national disponible (après impôt) en 1982;

  • 34 % en 2007, où elle a atteint un maximum ;

  • autour de 32-33 % au cours de la décennie ayant suivi la crise financière de 2008.

La récession économique de 2008 a eu entre autres conséquences de faire chuter la part des personnes les mieux nanties dans la masse des revenus. Cette diminution a toutefois été nettement moindre que l’augmentation qui l’avait précédée.

 

Inégalités plus importantes sans les politiques fiscales

Considérant le revenu du marché, c'est-à-dire avant l'intervention de l'État via les mécanismes de la redistribution de la richesse, la part du décile supérieur est encore plus importante. Au Canada, elle s’élevait à 33 % en 1982, pour grimper jusqu’à 42 % en 2007, puis se maintenir à 40 % du revenu national.

Parmi les leviers influant sur l'importance que la part des hauts revenus tient dans le revenu national, il y a la fiscalité, en particulier l’impôt sur le revenu.

 

Évolution divergente du décile supérieur à la mi-1990

L’évolution du décile supérieur apparaît assez uniforme entre les provinces jusqu’à la moitié des années 1990 au regard du revenu disponible (après impôt et gains en capital). Par la suite, les 10 % revenus supérieurs se stabilisent autour de plus ou moins 29 % au Québec et dans les provinces de l’Atlantique, tandis que leur croissance se poursuit dans les autres provinces. En particulier dans les Prairies, la part du décile supérieur culmine à 37 % en 2007, puis s'établit à 33 % en 2018. Les années 2000 sont d'ailleurs marquées par un boom du secteur de l’énergie dans les provinces pétrolières.

 

Croissance du 1 % au sommet de l'échelle des revenus

Il y a eu une augmentation plus rapide de la part des 1 % très hauts revenus dans plusieurs provinces. C'est le cas en Ontario, en Colombie-Britannique et en Alberta où elle a même culminé à 17 % en 2006. Au Canada, la part du revenu disponible national qui revient au premier centile est passée de 6 % au début des années 1980 à 12 % en 2007 puis par la suite à environ 10 %.

Cette montée du 1 % au sommet de la distribution des revenus a été observée plus largement dans les pays anglophones.

En 2018, le seuil d’entrée dans le groupe des 1 % représentait un revenu total de 244 800 $ au Canada et de 211 100 $ au Québec en 2018.

 

Professions diversifiées et surreprésentation masculine parmi les hauts revenus

Les revenus du décile supérieur proviennent essentiellement de l’emploi, mais aussi des gains en capital. Le revenu total nécessaire pour qu'un individu fasse partie des 10 % les plus aisés s'établissait à 97 900 $ ou plus au Canada et à 86 700 $ ou plus au Québec, en 2018, selon les données publiées sur le site de Statistique Canada.

Bien qu'une variété de profils socioprofessionnels les caractérise, de la gestion, la finance et l’assurance à la santé et aux sciences naturelles, les 10 % personnes mieux nanties semblent former un groupe plutôt homogène. Voici quelques-unes des caractéristiques du décile supérieur au Québec extraites d'un article de l'Institut de la statistique du Québec exploitant des données de 2014 :

  • Une large majorité d'hommes : 68 % d’hommes contre 32 % de femmes.

  • Une majorité de personnes âgées de 45 à 64 ans.

  • Une large majorité de personnes diplômées de l’enseignement supérieur.

  • Une minorité de personnes immigrantes : celles-ci représentaient 9 % du décile supérieur contre 13 % de l’ensemble des déciles.

  • Une écrasante proportion de propriétaires de leur logement, soit 89 %.

 

Persistance des obstacles à la présence des femmes dans les revenus supérieurs

La sous-représentation féminine parmi les hauts revenus tend à reculer depuis plusieurs décennies. Toutefois, malgré les progrès de la participation des femmes au marché du travail et leur diplomation plus importante aux cycles universitaires, celles-ci peinent à se frayer un chemin parmi les revenus supérieurs.

Une étude de Statistique Canada a établi que les femmes faisant partie des 1 % revenus les plus élevés se distinguaient de leurs homologues masculins de plusieurs façons : leur niveau de scolarité est plus élevé, elles sont un peu plus jeunes, elles travaillent plus souvent dans le domaine de la santé, comme médecin notamment, elles sont moins susceptibles d’être mariées ou de vivre en union libre et d’avoir des enfants.

 

Probable sous-estimation des hauts revenus et donc des inégalités de revenu

Une des mesures des inégalités économiques consiste à suivre la part des revenus captée par les 10 % plus riches. Une autre mesure récente, l'indice de Palma, compare la part des 10 % hauts revenus à celles des 40 % bas revenus. Or, les hauts revenus sont moins bien représentés dans les enquêtes statistiques. La possibilité pour les familles les plus riches de placer la totalité ou une partie de leurs revenus dans des fiducies privées ou des sociétés privées, et ainsi d'éviter de payer tous les impôts qui seraient prélevés sans le recours à ces possibilités explique en partie la difficulté à prendre la pleine mesure des hauts revenus. Le biais des non-réponses (pour les enquêtes non obligatoires) ainsi que l’évasion fiscale sont également des limites à l'estimation de la richesse des personnes mieux nanties. Il est donc possible que les inégalités de revenu soient plus importantes que ce que les outils actuels permettent d'estimer.

 

Les données et analyses présentées se trouvent dans le portrait général de l'Observatoire qui retrace l'évolution des inégalités économiques au Canada et en particulier au Québec au cours des 40 dernières années. Note : Les données présentées ici proviennent des déclarations de revenus et concernent des individus.

 

 

 

 

À propos de l'autrice de ce billet

Sandy Torres

Sandy détient un doctorat en sociologie de l’Université Toulouse-Jean Jaurès (France). Après plusieurs années entièrement consacrées à la recherche sociale appliquée, elle obtient un certificat en rédaction professionnelle de l’Université Laval. Elle devient rédactrice agréée (réd. a.) par la SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE LA RÉDACTION PROFESSIONNELLE (SQRP), puis réviseure agréée (rév. a.) par RÉVISEURS CANADA, en plus de remplir de nombreux mandats à titre de chercheuse indépendante.

Forte de son expérience diversifiée des enjeux socioéconomiques et territoriaux au Québec, elle souhaite contribuer à l'amélioration des conditions de vie.

 

 

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