Blogue de l'Observatoire

Les 40 % au bas de l'échelle des revenus en 6 questions

Par Sandy Torres, rédactrice-analyste à l'Observatoire

 

Dans son portrait général des inégalités économiques au Canada et au Québec, l’Observatoire a cherché à comprendre les tendances des quatre dernières décennies, à dégager les consensus scientifiques concernant leur évolution et à répertorier les principales causes contribuant à expliquer les constats les plus marquants.

Les inégalités économiques désignent les disparités dans la distribution de ressources valorisées entre les membres d’une société. L'Observatoire a examiné comment l'une de ces ressources, le revenu, se distribue selon trois grands groupes de la population : les bas revenus et les hauts revenus à chaque extrémité de l’échelle socioéconomique et les classes moyennes en son centre.

 

Les 40 % revenus inférieurs dans la masse des revenus d'un pays comprennent les personnes à faible ou modeste revenu. Le revenu fait référence globalement au revenu d'emploi, de retraite privée, de placements, etc., mais aussi aux autres montants d'argent reçus comme les prestations versées par les administrations publiques (par exemple les allocations pour enfants ou les pensions de retraite des régimes publics). Une façon de mesurer les inégalités de revenu consiste à suivre la part du revenu national qui revient à cette fraction défavorisée de la population dont la taille est importante.

 

1. Pourquoi 40 % et pas 10 % ni 30 % au bas de l'échelle des revenus ?

Pour mesurer les inégalités économiques, on peut par exemple classer les membres de la population par ordre croissant de leur revenu, du plus faible au plus élevé, puis les décomposer en 10 groupes de même taille de 10 %, appelées déciles. Les quatre premiers déciles correspondent aux 40 % revenus situés au bas de la distribution de tous les revenus. Cette partie substantielle de la population classée selon le revenu inclut non seulement les personnes en situation de pauvreté, mais englobe plus largement celles ayant un bas salaire, dont certaines qui font partie des classes moyennes inférieures.

Un rapport de l'OCDE publié en 2015 et intitulé Tous concernés : pourquoi moins d'inégalité profite à tous a examiné la vulnérabilité socioéconomique de cette frange défavorisée de la population et a attribué le creusement des inégalités mondiales notamment à l'écart entre les 40 % bas revenus et le reste de la population.

D'ailleurs, l'indice de Palma mesure justement les inégalités entre les extrémités de la distribution des revenus, qui ont tendance à varier davantage que les revenus intermédiaires. Ce ratio interdécile compare les revenus gagnés par les personnes situées parmi les 10 % plus aisées à ceux gagnés par les 40 % défavorisées. Cet indice relativement récent complète ainsi le portrait des inégalités obtenu avec l’indice de Gini qui indique, lui, le niveau de concentration des revenus au sein de la population en général.

 

2. Quel montant pour faire partie des 40 % défavorisés sur le plan du revenu ?

En 2018, un ménage devait avoir un revenu total (après transferts gouvernementaux et avant impôt) de moins de 50 000 $ pour figurer parmi les quatre déciles inférieurs de la distribution des revenus au Québec. Pour un individu, ce seuil était estimé à moins de 26 000 $. Ces montants sont issus de l’Enquête canadienne sur le revenu et sont disponibles sur le site de Statistique Canada.

 

3. Quelle est la part du revenu national captée par les 40 % moins nantis ?

Les ménages faisant partie des 40 % au bas de l'échelle des revenus ne percevaient que 21 % du revenu disponible national, au Canada, en 2018. Cette part était de 22 % au Québec, donc après les transferts gouvernementaux et le prélèvement de l’impôt qui atténuent les inégalités de revenu.

 

4. Comment a évolué la part des 40 % bas revenus au Canada ?

La part de revenu disponible captée par les 40 % revenus les moins élevés a plutôt stagné au Canada au cours de la période à l'étude : elle se situe le plus souvent entre 20 % et 22 % selon les provinces de 1976 à 2018.

Quant à la part de revenu du marché qui revient aux 40 % bas revenus, elle a davantage fluctué au cours des quatre dernières décennies. Elle a diminué partout au Canada, où elle est passée de 16 % en 1976 à 13 % en 2018.

 

5. Quelles sont les différences selon les provinces canadiennes ?

Concernant le revenu du marché, les quatre premiers déciles s’en tirent un peu moins bien au Québec par rapport à l’Ontario, à la Colombie-Britannique et aux provinces des Prairies où leur part atteignait respectivement 13 %, 15 % et 14 % en 2018, contre 12 % dans la province. Par contre, les mécanismes de la redistribution compensent entièrement ce désavantage. La part des 40 % revenus inférieurs de la répartition du revenu disponible, donc après transferts et impôt, maintient le Québec au 1er rang des provinces depuis les années 1990, au coude à coude avec les provinces de l'Atlantique.

 

6. Pour quelles raisons agir auprès des 40 % moins nantis ?

Disposer d'un faible revenu détermine en grande partie les inégalités en matière de santé, d'éducation, d'emploi, d'accès au logement, entre autres. La frange de la population appartenant aux 40 % revenus inférieurs connaît des conditions de vie qui la fragilisent face aux divers aléas d'ordre économique et social mais aussi climatique et sanitaire.

La crise sanitaire liée à la COVID-19 a d'ailleurs éprouvé sa résilience. Parmi les groupes les plus affectés par les conséquences de la situation pandémique, dont les pertes d'emploi et les baisses de revenu, figurent les bas salaires, certains travailleurs et travailleuses atypiques ainsi que des personnes marginalisées.

C'est pourquoi la réduction des inégalités semble passer par la capacité des personnes appartenant aux 40 % moins nanties d'améliorer leur situation socioéconomique. L'objectif 10.1 de développement durable des Nations Unies qui vise à réduire les inégalités cible précisément cette population vulnérable : « D’ici à 2030, faire en sorte, au moyen d’améliorations progressives, que les revenus des 40 % les plus pauvres de la population augmentent plus rapidement que le revenu moyen national, et ce, de manière durable ».

 

Les données et analyses présentées se trouvent dans le portrait général de l'Observatoire qui retrace l'évolution des inégalités économiques au Canada et en particulier au Québec au cours des 40 dernières années. Les statistiques citées portent sur les revenus ajustés des ménages afin de tenir compte de la taille du ménage.

 

 

 

 

À propos de l'autrice de ce billet

Sandy Torres

Sandy détient un doctorat en sociologie de l’Université Toulouse-Jean Jaurès (France). Après plusieurs années entièrement consacrées à la recherche sociale appliquée, elle obtient un certificat en rédaction professionnelle de l’Université Laval. Elle devient rédactrice agréée (réd. a.) par la SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE LA RÉDACTION PROFESSIONNELLE (SQRP), puis réviseure agréée (rév. a.) par RÉVISEURS CANADA, en plus de remplir de nombreux mandats à titre de chercheuse indépendante.

Forte de son expérience diversifiée des enjeux socioéconomiques et territoriaux au Québec, elle souhaite contribuer à l'amélioration des conditions de vie.

 

 

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