Blogue de l'Observatoire

Le revenu : l’indicateur incontournable d’analyse des inégalités économiques

Par Marie Lamarre, conseillère en valorisation de la recherche à l'Observatoire

 

Dans son portrait général des inégalités économiques au Canada et au Québec, l’Observatoire a cherché à comprendre les tendances des quatre dernières décennies, à dégager les consensus scientifiques concernant leur évolution et à répertorier les principales causes contribuant à expliquer les constats les plus marquants.

Les inégalités économiques désignent les disparités dans la distribution de ressources valorisées entre les membres d’une société. Bien que ces ressources soient multiples, l’Observatoire en a retenu trois dans son rapport : le revenu, la richesse (patrimoine), et la consommation, chaque angle fournissant un éclairage complémentaire. Ce premier billet d’une série de trois se penche plus spécifiquement sur l’une de ces ressources matérielles : le revenu.

Le revenu d’une famille ou d’un individu est principalement composé de la rémunération à l’emploi ou d’un travail indépendant, ou encore des rentes dans le cas des personnes aînées. Selon l’indicateur utilisé, c’est-à-dire le revenu de marché, le revenu total ou le revenu disponible, il peut aussi comprendre les redistributions et retenues de l’État (transferts gouvernementaux et impôt, par exemple).  

Les données analysées sont tirées de l’Enquête canadienne sur le revenu (ECR), de Statistique Canada. Le revenu a été ajusté selon la taille du ménage afin de tenir compte des économies d’échelle réalisées dans les grandes familles et ainsi rendre comparables les revenus de ménages de tailles différentes.

 

Trois types de revenus sont habituellement analysés, ce qui permet d’identifier avec plus de précision les causes à la source de certains résultats.

  • Le REVENU DU MARCHÉ, ou revenu avant transferts et impôt, comprend principalement le revenu d’emploi (ex. traitements et salaires), le revenu net d’un travail indépendant ainsi que le revenu de retraite de sources privées, le revenu de placements et autres revenus tels que les pensions alimentaires. Ce revenu n’est ni bonifié par des prestations gouvernementales ni diminué par l’impôt.

  • Le REVENU TOTAL est le revenu du marché augmenté de toute autre somme d’argent reçue, notamment les transferts gouvernementaux tels que les prestations. Ce chiffre comprend la totalité des sommes perçues par les membres de la société, mais ne tient pas compte de l’impôt qui est retenu par la suite.

  • Le REVENU DISPONIBLE, aussi appelé revenu après transferts et impôt ou simplement REVENU APRÈS IMPÔT, est le montant annuel qu’une personne ou un ménage peut réellement dépenser ou épargner. Il s’agit du revenu net après toutes les redistributions et retenues d’impôt fédéral et provincial faites par les gouvernements.

 

Les inégalités de revenu du marché au Canada ont suivi une tendance à la hausse

Diverses études démontrent que le Canada a connu une hausse des inégalités de revenu qui a persisté pendant quatre décennies. Si ces inégalités ont augmenté depuis 1980, elles enregistrent peu de changement au cours des dix dernières années selon les mesures globales de l’inégalité. Une autre étude canadienne d’envergure a également établi une telle croissance des inégalités de revenu au Canada : l’indice de Gini du revenu du marché (avant impôt et transferts) a augmenté de 22 % entre 1980 et 2010. L’accroissement des inégalités de revenu s’observe d’ailleurs dans bien d’autres pays, dont les États-Unis où elles y sont particulièrement prononcées.

 

Quelles sont les dynamiques récentes à l’œuvre ?

Parmi les différents facteurs ayant eu une influence sur les inégalités de revenu, ceux d’ordre économique ont particulièrement retenu l’attention des chercheurs.

  • Entre autres, les gains de productivité amenés par les progrès technologiques et la croissance des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont entraîné une hausse de la demande pour le personnel hautement qualifié par rapport au personnel moins qualifié, provoquant une hausse relative des salaires importante pour le premier. Ainsi, ces changements auraient davantage profité aux personnes qui occupent une position à revenu élevé, entraînant des écarts salariaux entre les deux pôles de la main-d’œuvre. Le développement de l’emploi atypique (travail temporaire, emploi à temps partiel, exercice indépendant) aurait aussi alimenté ce phénomène.

  • La hausse des super salaires (super wages) perçus par les PDG de grandes entreprises a aussi joué un rôle prépondérant dans l’accroissement des inégalités au tournant des années 2000.

  • Bien que la participation accrue des femmes à la population active ait des répercussions diverses et complexes sur les inégalités économiques, son effet égalisateur sur les revenus est reconnu. Or, cet effet égalisateur donne des signes s’essoufflement.

 

L’intervention de l’État et son effet sur le revenu

Au Canada de manière générale, mais plus particulièrement au Québec et dans les provinces de l’Atlantique, la redistribution opérée par l’État au moyen de l’impôt et des transferts, a pour effet de diminuer les inégalités de revenu calculées à partir de l’indice de Gini. C’est d’ailleurs ce que permet de constater la comparaison du revenu de marché et du revenu disponible.

Au Québec, en 2017, l’intervention de l’État a eu pour effet de diminuer l’indice de Gini de près de 35%.

Ce résultat s’inscrit dans la lignée des résultats canadiens des 40 dernières années, qui montrent systématiquement des indices d’inégalités plus élevés en ce qui concerne le revenu de marché, moins élevés en regard du revenu total, puis un peu plus bas encore en ce qui concerne le revenu disponible.

La prise en compte individuelle de ces trois types de revenu permet aussi de voir comment le marché seul peut faire fluctuer l’évolution des inégalités dans une société, et comment les gouvernements parviennent (ou pas) à atténuer ces inégalités.

 

Les données et analyses présentées se trouvent dans le portrait général de l'Observatoire qui retrace l'évolution des inégalités économiques au Canada et en particulier au Québec au cours des 40 dernières années.

 

 

 

 

À propos de l'autrice de ce billet

Marie Lamarre

 

Marie détient un baccalauréat en littérature et cinéma de l’Université de Montréal. Elle a participé en 2013 à la fondation des Productions Somme toute, un groupe d’édition montréalais spécialisé dans la publication d’essais sociopolitiques et d’ouvrages sur l’histoire culturelle québécoise. À titre d’éditrice, elle y a réalisé plus d'une vingtaine de projets, en plus d'assurer la direction de la maison Tête première, pour les œuvres de fiction littéraire. Elle œuvre toujours comme consultante indépendante en édition.

 

 

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