Blogue de l'Observatoire

Le Prix Anthony-Atkinson 2020 décerné à Mme Christiane Taubira

Par Marie Lamarre, conseillère en valorisation de la recherche à l'Observatoire

Le 17 novembre dernier, madame Christiane Taubira s’est jointe à un public virtuel de près de 2 000 personnes dans le cadre de la remise du prix littéraire Anthony-Atkinson, décerné conjointement par le Festival Metropolis bleu et l’Observatoire québécois des inégalités

 

Créé en 2019 par le Festival en partenariat avec l’Observatoire québécois des inégalités, le prix littéraire récompense un ouvrage érudit et accessible ayant contribué de façon significative au débat public sur les inégalités économiques et sociales, en avançant notamment des solutions pour les réduire.

Femme politique, militante et autrice française bien connue pour son engagement dans les luttes contre le racisme et les inégalités, Christiane Taubira est l’autrice d’une dizaine de livres, dont le très remarqué L’esclavage raconté à ma fille, paru en 2002.

À la réception du prix, madame Taubira s’est dite très fière, dans un premier temps de recevoir un prix qui a pour nom Anthony Atkinson, vu son apport dans la société et pour sa vie intellectuelle, et dans un deuxième temps, par le titre du prix, qui porte un sujet cher à sa récipiendaire : l’égalité.

« Je reste persuadée que la grande cause du XXIe siècle est la question de l’inégalité, et la cause elle-même de l’égalité », de dire madame Taubira d’entrée de jeu, avant d’ajouter, au sujet de la lutte contre les inégalités : « C’est un combat qui est loin d’être terminé ».

Madame Taubira s’est ensuite entretenue avec Webster, artiste hip-hop et historien, sur les sujets qui lui sont chers, notamment les thèmes abordés dans L’esclavage expliqué à ma fille. Les mots de madame Taubira ont rappelé toute l’importance de comprendre l’histoire de l’esclavagisme, la façon dont elle a façonné l’économie sur de nombreux siècles, ainsi que les traces qu’elle laisse encore aujourd’hui.

 

Résistance et réparation

Questionnée au sujet de la résistance des esclaves, madame Taubira n’a pas manqué d’en rappeler les nombreuses occurrences dans l’histoire et ce, depuis le premier jour. « Les résistances sont importantes et il faut les rappeler », a-t-elle soutenu, pas sans préciser que l’histoire de l’esclavagisme est aussi faite d’une fraternité qui a, elle aussi, commencé très tôt.

Malgré cela, une question perdure, celle de la réparation. Après quatre siècles d’injustices, et devant des manifestations persistantes de l’inégalité, quels sont les moyens de rééquilibrer les pouvoirs dans nos sociétés capitalistes ? Pour madame Taubira, il faut d’abord reconnaître que le crime perpétré à l’endroit des esclaves est irréparable, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille réparer les conséquences générées par un système régi par le travail gratuit, ainsi que par les conséquences générées par la sortie de ce système.

Ensuite, pour Madame Taubira, la réparation passe surtout par les politiques publiques qui mettent en valeur l’histoire et les traces de la présence des esclaves. Ces formes d’expression sont nombreuses, passent par les langues, les chants la connaissance des plantes et du territoire; elles incluent les manifestations artistiques et la mémoire orale. C’est cette richesse du patrimoine qui doit être valorisé et partagé. Ainsi, selon madame Taubira, les générations futures grandiront avec la connaissance de cette histoire et en sera imprégnée, ce qui leur permettra de mieux de mobiliser contre les injustices.

 

« Imaginez ce monde, et transformez-le »

Pour conclure, et en réponse à une question qui lui est parvenue du public, madame Taubira a porté un message rempli d’espoir à l’endroit de la jeunesse. Elle s’est dite tout à fait confiance que les jeunes générations trouveront une prise sur la multitude d’informations à sa portée afin de mieux l’appréhender et de mieux se mobiliser.

« La jeunesse doit se mobiliser en tant que génération. Se dire : il faut faire quelque chose […], être responsable de l’état du monde, prendre les responsabilités. Je la crois capable de ça. Imaginez ce monde et transformez-le. »

 

La bibliothèque idéale de Christiane Taubira

Dans un échange avec la Directrice générale, Programmation et Communications de la Fondation Metropolis bleu, madame Taubira a également partagé avec le public des auteurs qui lui tiennent à cœur, en fonction de différents thèmes. En voici quelques-uns :

Qui lire si l’on veut faire de la politique : des écrits sur la sensibilité des gens, affirme madame Taubira, avant de citer plus précisément, entre autres, Toni Morrison, Yaşar Kemal, Jacques Roumain, André Brink et Sindiwe Magona.

Qui lire si on ambitionne de changer le monde : des poètes, des gens sensibles, nous dit madame Taubira, qui a tout de suite pensé à l’écrivain palestinien Mahmoud Darwich, « dont la lucidité jamais ne s’obscurcit ».

Qui lire pour apprendre à penser contre soi : des philosophes, s’est empressé de répondre Madame Taubira, avant de nommer Baruch Spinoza, Michel de Montaigne, ainsi que les contemporains Souleymane Bachir Diagne et Achille Mbembe.

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