Blogue de l'Observatoire

Le patrimoine : la face méconnue des inégalités économiques

Par Sandy Torres, rédactrice-analyste à l'Observatoire

 

Dans son portrait général des inégalités économiques au Canada et au Québec, l’Observatoire a cherché à comprendre les tendances des quatre dernières décennies, à dégager les consensus scientifiques concernant leur évolution et à répertorier les principales causes contribuant à expliquer les constats les plus marquants.

Les inégalités économiques désignent les disparités dans la distribution de ressources valorisées entre les membres d’une société. Bien que ces ressources soient multiples, l’Observatoire en a retenu trois dans son rapport : le revenu, la richesse (patrimoine), et la consommation, chaque angle fournissant un éclairage complémentaire. Ce deuxième billet d’une série de trois se penche plus spécifiquement sur l’une de ces ressources matérielles : le patrimoine.

Le patrimoine, c’est le montant qui reste à une famille ou à un individu après la vente de tous ses avoirs et le remboursement de toutes ses dettes. Plusieurs synonymes sont utilisés pour parler du patrimoine : la richesse, le capital ou encore la valeur nette et l’avoir net. Il s’agit donc de la différence entre ce qui est possédé et ce qui est dû.

  • Exemples d’avoirs financiers ou non financiers : un logement, un véhicule, de l’argent en banque, une assurance-vie, de l’épargne dans un REER, des investissements, etc.

  • Exemples de dettes : un prêt hypothécaire, une marge de crédit, une carte de crédit, etc.

 

Les inégalités de patrimoine sont étroitement liées aux inégalités de revenu et de consommation. Voici pourquoi :

  • Le revenu disponible influence directement la capacité à épargner ou à investir.

  • Le patrimoine peut être une source d’investissement qui génère à son tour des revenus.

  • L’accumulation de la richesse permet d’acquérir une maison, de se créer une réserve ou d’emprunter de l’argent pour maintenir un niveau de consommation.

En bref, tout un champ de possibilités s’ouvre à qui dispose de cette ressource.

 

Comment mesure-t-on les inégalités de patrimoine ?

Les enquêtes menées par les instituts de statistique sont une source privilégiée. Au Canada et dans ses provinces, c’est l’Enquête sur la sécurité financière (ESF) de Statistique Canada qui sert de référence. Cette enquête permet de calculer la valeur nette du patrimoine des familles et les rassemble par quintile de richesse, ou cinq groupes de taille égale. Par exemple, le premier quintile ou quintile inférieur correspond aux 20 % des familles les plus pauvres, tandis que le cinquième quintile ou quintile supérieur désigne les 20 % familles les plus riches.

Malgré des améliorations apportées aux bases de données, il demeure difficile de mesurer le patrimoine familial, tout particulièrement celui des familles les mieux nanties, à cause de la sous-déclaration ou de l’absence de données.

 

Une concentration du patrimoine à la hausse

Même si les données disponibles sont imparfaites, elles permettent de déterminer le niveau de concentration du patrimoine.

On peut par exemple calculer l’indice de Gini des valeurs nettes des ménages à différents moments de l’ESF. Cet indice s’établissait à 0,64 en 1999, a grimpé à 0,68 en 2005, puis semble s’être stabilisé à 0,67 en 2012 et en 2016. Les inégalités de richesse sont donc élevées, et ce, dans chaque province. Selon la littérature consultée, elles se sont accrues au Canada à partir du milieu des années 1980.

Si cet indicateur global de concentration de la richesse permet de suivre son évolution, il ne dit pas, concrètement, qui s’enrichit et qui s’appauvrit.

En complément, il est possible d’examiner la part de richesse détenue par certaines tranches de la population, par exemple les quintiles. Entre les enquêtes de 1999 et de 2019, il y a eu une forte croissance de la valeur nette pour l’ensemble des quintiles, sauf pour le quintile inférieur (les moins nantis). Puis elle semble avoir davantage profité aux familles du quintile supérieur (les mieux nantis).

En 2019, au Canada, les familles appartenant au premier quintile d’avoir net avaient en moyenne une valeur nette négative de 500 $, alors que celles appartenant au cinquième quintile avaient accumulé une richesse de près de 2 500 000 $. La croissance de la richesse n’indique donc pas nécessairement une diminution des inégalités.

 

L’immobilier, une source d’inégalités

Comme l’avoir immobilier tient une place dominante dans le patrimoine accumulé par les familles, la flambée des prix des maisons observée depuis les années 2000 a eu une incidence importante sur son évolution.

  • D’un côté, cette hausse du prix de l’immobilier favorise l’enrichissement de propriétaires de logements et fait croître la valeur du patrimoine des familles, en particulier celles des classes moyennes dont les avoirs sont moins diversifiés que ceux des familles du quintile supérieur.

  • D’un autre côté, cette tendance haussière entraîne un endettement hypothécaire plus important, un accès à la première propriété plus difficile et une augmentation des coûts locatifs.

 

Il est donc à craindre que les écarts entre propriétaires et locataires se soient accrus au cours des deux dernières décennies.

 

Les données et analyses présentées se trouvent dans le portrait général de l'Observatoire qui retrace l'évolution des inégalités économiques au Canada et en particulier au Québec au cours des 40 dernières années.

 

 

 

 

À propos de l'autrice de ce billet

Sandy Torres

Sandy détient un doctorat en sociologie de l’Université Toulouse-Jean Jaurès (France). Après plusieurs années entièrement consacrées à la recherche sociale appliquée, elle obtient un certificat en rédaction professionnelle de l’Université Laval. Elle devient rédactrice agréée (réd. a.) par la SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE LA RÉDACTION PROFESSIONNELLE (SQRP), puis réviseure agréée (rév. a.) par RÉVISEURS CANADA, en plus de remplir de nombreux mandats à titre de chercheuse indépendante.

Forte de son expérience diversifiée des enjeux socioéconomiques et territoriaux au Québec, elle souhaite contribuer à l'amélioration des conditions de vie.

 

 

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