Blogue de l'Observatoire

Le lexique des inégalités : l’indice de Gini

Par Marie Lamarre, conseillère en valorisation de la recherche à l'Observatoire

 

 

Dans les différents portraits des inégalités économiques, le coefficient de Gini est l’un des indices le plus utilisé. S’il peut sembler abstrait, surtout pour les non-experts, il demeure très utile à de nombreux égards.

Aperçu d’une mesure incontournable.

 

 

 

Le coefficient de Gini, ou indice de Gini, doit son nom au sociologue et statisticien Corrado Gini. Cette mesure compare la répartition des revenus dans une population à un moment donné à une situation théorique d’égalité parfaite.

L’indice varie de 0 à 1, ou de 0 % à 100 %. Plus il se rapproche de 0, plus il tend vers l’égalité parfaite, où tous les individus auraient le même revenu. Plus il se rapproche de 1, plus il tend vers une situation où un seul individu détiendrait la totalité des revenus.

 

Le test des sociétés fictives

Le Gini se base sur un premier indicateur, nommé courbe de Lorenz. Comme le montre l’image ci-dessous, la courbe de Lorenz correspond à la répartition des revenus dans une société. Au moyen d’une deuxième ligne, dite d’égalité parfaite, qui correspond à une répartition tout à fait égale des revenus, une aire (A) est formée. Plus l’aire est grande, plus la répartition des revenus est inégale. Le Gini se calcule donc à partir de cette aire A, mise en relation avec l’aire B, qui indique la surface restante d’une inégalité totale.

Source : Statistique Canada (2014). Techniques d’enquête, no 12-001-X au catalogue. [En ligne]

 

Pour mieux comprendre ce qu’un indice de Gini peut représenter concrètement au sein d’une population, il est possible de faire appel à une méthode de calcul simplifiée et voir ce que cela pourrait signifier en matière d’écarts. C’est ce que l’Observatoire a voulu faire en illustrant comment une société fictive composée de 10 personnes se partagerait 500 000 $, si son Gini du revenu disponible correspondait à celui du Canada (0,3).

 

Tableau 1. Répartition d’un revenu de 500 000 $ dans une société dont le Gini correspond à 0,3

 

Il faut bien entendu rester prudent avec ce type d’exercice, qui ne permet rien de plus que d’imaginer un scénario de distribution des revenus parmi d’autres. Par exemple, ce même indice du Gini canadien peut tout autant s’illustrer de la manière suivante : les trois premières personnes de cette société fictive captent chacun 6 000 $, tandis que les 6 suivantes touchent chacune 65 000 $, puis la personne la mieux nantie, 92 000 $. Cette répartition obtiendrait elle aussi un coefficient de Gini de 0,3.

C’est donc dire que le coefficient de Gini mesure l’inégalité dans l’ensemble de la société et ne permet pas de savoir qui s’enrichit et qui s’appauvrit.

 

Gini : quelques utilités

Le Gini est donc un indicateur synthétique qui a le grand avantage de permettre la comparaison des pays. À partir des données rendues disponibles par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il est possible, par exemple, de rendre compte des écarts du revenu disponible (après impôt et transferts) en situant le Canada (Gini de 0,30 en 2018) par rapport à des pays comme la Suède (0,28 en 2018) ou les États-Unis (0,39 en 2017).

De plus, la variation de l’indice de Gini sur le revenu, selon que l'on considère le revenu avant ou après impôt et transferts, sert à voir le rôle que joue l’État dans la réduction des inégalités. À ce chapitre, au Québec et dans les provinces de l’Atlantique, les transferts gouvernementaux et l’impôt réduisent environ du tiers le Gini du revenu du marché depuis une vingtaine d’années.

Finalement, le Gini aide à voir comment la répartition des revenus évolue dans le temps pour un pays donné. C’est à partir de ce type de comparaison qu’un rapport de l’Observatoire fait état d’une augmentation des inégalités au Canada au cours des 40 dernières années. Le coefficient de Gini du revenu du marché (avant transferts et impôt) est en effet passé de 0,38 à 0,43 entre 1976 et 2018, soit une augmentation non négligeable. Il avait même culminé à 0,45 au cours de la décennie 1990. Il semble toutefois s’être stabilisé autour de plus ou moins 0,43 depuis le début des années 2000.

Le coefficient de Gini est par ailleurs employé pour faire état de la répartition de la richesse (le patrimoine) ainsi que de la consommation. Bien que les données disponibles pour comprendre ces deux autres sources d’inégalités soient plus parcellaires, le recours au Gini permet d’en mesurer les grandes tendances.

 

 

 

À propos de l'autrice de ce billet

Marie Lamarre

 

Marie détient un baccalauréat en littérature et cinéma de l’Université de Montréal. Elle a participé en 2013 à la fondation des Productions Somme toute, un groupe d’édition montréalais spécialisé dans la publication d’essais sociopolitiques et d’ouvrages sur l’histoire culturelle québécoise. À titre d’éditrice, elle y a réalisé plus d'une vingtaine de projets, en plus d'assurer la direction de la maison Tête première, pour les œuvres de fiction littéraire. Elle œuvre toujours comme consultante indépendante en édition.

 

 

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