Blogue de l'Observatoire

La mini bibliothèque virtuelle des inégalités économiques : 10 incontournables

Par Elmer van der Vlugt, chercheur, Raja Abid, chercheuse et Sandy Torres, rédactrice-analyste

 

La littérature sur les inégalités économiques est tellement vaste... Mais certains textes marquent de véritables étapes dans leur compréhension, d'autres constituent des mines d'informations et quelques-uns ont tout simplement frappé notre esprit. Voici quelques suggestions de lectures incontournables pour apprivoiser le champ très fertile des inégalités économiques et de ses multiples dimensions contemporaines au Canada et au Québec en particulier.

Bien que les références soient numérotées, il ne faut pas nécessairement y voir une hiérarchie.

 

 

1. David A. Green, W. Craig Riddell et France St-Hilaire (dir.) (2016). Income Inequality: The Canadian Story, Canada, Institute for Research on Public Policy, en collab. avec le Canadian Labour Market and Skills Researcher Network.

S'il n'y avait qu'une lecture à faire sur les inégalités de revenu au Canada et dans ses provinces, ce serait celle de ce panorama pour l'instant inégalé qui en examine les diverses facettes : la classe moyenne, les très hauts revenus, la pauvreté, l'évolution des salaires, les inégalités de consommation, l'influence des politiques fiscales, de la réglementation, du taux de syndicalisation, etc. sur le niveau d'inégalités, entre autres.

Cette étude pancanadienne est le fruit de la collaboration d’une trentaine d’experts et économistes reconnus. Certaines analyses ont particulièrement retenu notre attention :

  • David A. Green, W. Craig Riddell et France St-Hilaire qui introduisent l'ouvrage en résumant les tendances de l'évolution des inégalités et les principales dynamiques et causes qui participent à leur hausse;

  • Thomas Lemieux et W. Craig Riddell qui examinent les revenus du percentile supérieur (Top 1 Percent);

  • Nicole Fortin et Thomas Lemieux qui analysent les différences entre les provinces en matière d'évolution des salaires.

La mise en commun de ces travaux représente une avancée majeure pour la compréhension des inégalités de revenu au Canada et de leurs enjeux régionaux. Plusieurs textes sont disponibles sur le site de IRPP ainsi que dans le Canadian Journal of Economics.

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2. Anthony B. Atkinson, Thomas Piketty et Emmanuel Saez (2011). Top Incomes in the Long Run of History, Journal of Economic Literature, 49(1), 3-71.

Les travaux précurseurs d’économistes comme Anthony Atkinson, Thomas Piketty et Emmanuel Saez ne peuvent être passés sous silence tellement ils ont marqué la recherche sur les inégalités économiques. Par exemple, cet article consacré à l'évolution des revenus captés par les 1 % au sommet de la distribution des revenus a fait progresser les méthodes empiriques utilisées pour mesurer et donc comprendre l’évolution des plus hauts revenus. L'analyse de données fiscales issues des comptes nationaux a mis en relief la montée du percentile supérieur dans la part du revenu national de plusieurs pays à partir des années 1980.

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3. Sandrine Mesplé-Somps et Anne-Sophie Robilliard (2018). Réduire les inégalités : enjeux conceptuels, statistiques et politiques, Statéco, 112, INSEE.

Paru dans la revue de l'institut de la statistique français, cet article offre une réflexion éclairante sur les enjeux conceptuels, méthodologiques et politiques de la mesure des inégalités économiques dans le cadre de l'objectif de réduction des inégalités de l'agenda 2030 des Nations Unies. Les autrices résument les conséquences trop prononcées des inégalités et tirent quelques leçons pour l'action publique.

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4. Stéphane Crespo et Sylvie Rheault (2014). L’inégalité du revenu disponible des ménages au Québec et dans le reste du Canada : bilan de 35 années, Données sociodémographiques en bref, Institut de la statistique du Québec, 19(1).

Cet article vise principalement à décrire l’évolution des inégalités du revenu disponible entre 1976 et 2011 et à évaluer l’influence des types de revenus et de certaines caractéristiques des ménages. Les analystes utilisent des indices synthétiques de Gini et de Theil pour examiner les effets de la redistribution par les transferts et l’impôt sur une période de 35 ans, au Québec et dans le reste du Canada. Il s'agit d'une référence centrale pour mieux comprendre l’apport des revenus de marché (avant transferts et impôt) aux inégalités de revenu et la capacité des gouvernements à les atténuer.

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5. Stéphane Crespo (2017). Qui fait partie du groupe des 10 % dont le revenu est le plus élevé?, Données sociodémographiques en bref, 21(2).

Cet article dresse un portrait sociodémographique et socioprofessionnel des personnes faisant partie des 10 % revenus les plus élevés dans la distribution des revenus québécois. De plus, l'analyste détermine quelle est la part des 10 % hauts revenus canadiens occupée par le Québec, ce qui met en évidence la sous-représentation de cette élite économique dans la province.

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6. Mircea Vultur et Jean Bernier (2013). Inégalités structurelles et inégalités fractales dans le contexte postfordiste du marché du travail, Revue Interventions économiques, 47.

Cette référence de base invite à réfléchir sur deux types d’inégalités, les inégalités structurelles et les inégalités fractales, au Québec. Les premières sont issues du traitement différencié des individus en fonction de leur statut d’emploi : revenu, patrimoine, capital culturel, santé, conditions de vie, etc. et permet d'examiner les inégalités de traitement et les situations de discriminations. Les secondes, plus difficiles à saisir, apparaissent à l’intérieur d’une même catégorie de personnes considérées auparavant comme homogènes (par exemple, les jeunes sans diplôme). Cet angle d'analyse permet d'affiner la compréhension des inégalités entre individus selon leurs trajectoires différenciées.

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7. CEPE (2019). Influence de la croissance économique et des politiques fiscales sur la pauvreté au fil du temps, Québec.

Le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion (CEPE) livre une analyse très intéressante concernant les liens entre la croissance économique et l'évolution de la pauvreté et des inégalités. La pauvreté y est présentée comme une conséquence de la hausse des inégalités de revenu. L’effet de la croissance économique sur la réduction de la pauvreté semble s'être atténué depuis les années 1980.

Le CEPE est aussi reconnu pour ses portraits de la pauvreté, des inégalités de revenu et de patrimoine et des indicateurs d'exclusion sociale.

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8. Stéphane Moulin (2016). Inégalités : mode d’emploi. L’injustice au travail au Canada, Canada, Les Presses de l’Université de Montréal.

Cette analyse sociologique aborde les inégalités sous l'angle de l’emploi et offre une définition historique des principaux concepts et théories en lien avec l’injustice au travail. L’ouvrage se distingue en conduisant une analyse comparative internationale des inégalités dans l’emploi et en brossant un portrait empirique de ces dernières ainsi que de leur évolution dans le temps en se basant sur les recensements et les enquêtes statistiques.

La synthèse exhaustive des principaux travaux portant sur les inégalités dans l’emploi au Canada, appuyée par un ensemble de données statistiques, fait de cet ouvrage un incontournable pour approfondir et éclairer les principaux enjeux et débats sur les inégalités dans l’emploi.

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9. Conseil du statut de la femme (2020). Portrait des Québécoises : édition 2020, femmes et économie, Québec.

L’édition 2020 du Portrait des Québécoises, publiée par le Conseil du statut de la femme, se concentre sur la thématique de l’économie et rassemble des données statistiques sur l’évolution des inégalités entre les sexes au Québec.

On y trouve des données éclairantes sur 1) la participation des femmes au marché du travail; 2) les secteurs d’activité économique et groupes professionnels; 3) le travail atypique; 4) le revenu et 5) l’entrepreneuriat féminin. On y apprend par exemple que la participation des femmes sur le marché de l’emploi est en croissance, que celles-ci sont surreprésentées dans les emplois traditionnellement féminins et qu’elles sont davantage susceptibles que les hommes d’occuper un emploi atypique.

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10. OCDE (2015). Tous concernés : pourquoi moins d'inégalité profite à tous, Paris, Éditions OCDE.

Il est difficile de choisir une référence parmi les nombreuses études produites par l'OCDE en lien avec les inégalités économiques, qu'il s'agisse de la classe moyenne, des différences selon les sexes ou de la mobilité sociale. Le rapport intitulé « Tous concernés » a la particularité de porter attention aux couches populaires des sociétés dont les revenus sont faibles ou modestes. Les personnes percevant un bas salaire ainsi que la classe moyenne inférieure sont désavantagées par des perspectives plus limitées en matière d’éducation et d’emploi qui les empêchent d’accéder à de meilleures conditions de vie. Ce manque de mobilité sociale alimente la hausse des inégalités.

L'étude examine plusieurs causes des inégalités de revenu, notamment liées aux transformations du marché du travail, analyse leurs conséquences en particulier sur la croissance économique et expose des avenues pour les réduire. L'ouvrage est également disponible en anglais.

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Cette sélection est issue de revues de littérature effectuées dans le cadre du Portrait général de l'Observatoire et du Portrait approfondi de l'Observatoire portant sur les inégalités économiques au Canada et au Québec.

 

 

À propos de l'auteur et des autrices de ce billet

 

Elmer van der Vlugt

Elmer détient une maîtrise en politiques publiques de l’Université du Michigan (États-Unis) ainsi qu’un baccalauréat en sciences politiques (Université de Leyde, Pays-Bas) et une mineure en économie (Université Libre d’Amsterdam, Pays-Bas).

Avant de rejoindre l’équipe de l’Observatoire, Elmer a travaillé pour divers organismes privés et publics, se spécialisant en analyse politique et en recherche économique.

 

 

Raja Abid

Raja détient un doctorat en relations industrielles de l'Université de Montréal. Elle se spécialise en responsabilité sociale des entreprises et s'intéresse à l'impact des bonnes pratiques sur la performance organisationnelle et sur le bien-être des employés. Elle met ainsi son parcours antérieur en finance (baccalauréat et master en finance de l'Institut des Hautes Études Commerciales de Carthage - Tunisie) au service de l'humain et à la poursuite d'un progrès durable et égalitaire. Raja est actuellement membre du conseil canadien des normes et contribue au développement du positionnement canadien relativement aux normes internationales. Elle a également fait rayonner ses recherches à travers les conférences nationales et internationales et l'enseignement universitaire. 

 

Sandy Torres

Sandy détient un doctorat en sociologie de l’Université Toulouse-Jean Jaurès (France). Après plusieurs années entièrement consacrées à la recherche sociale appliquée, elle obtient un certificat en rédaction professionnelle de l’Université Laval. Elle devient rédactrice agréée (réd. a.) par la SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE LA RÉDACTION PROFESSIONNELLE (SQRP), puis réviseure agréée (rév. a.) par RÉVISEURS CANADA, en plus de remplir de nombreux mandats à titre de chercheuse indépendante.

Forte de son expérience diversifiée des enjeux socioéconomiques et territoriaux au Québec, elle souhaite contribuer à l'amélioration des conditions de vie.

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