Blogue de l'Observatoire

La consommation : un révélateur d’inégalités peu exploité

Par Sandy Torres, rédactrice-analyste à l'Observatoire

 

Dans son portrait général des inégalités économiques au Canada et au Québec, l’Observatoire a cherché à comprendre les tendances des quatre dernières décennies, à dégager les consensus scientifiques concernant leur évolution et à répertorier les principales causes contribuant à expliquer les constats les plus marquants.

Les inégalités économiques désignent les disparités dans la distribution de ressources valorisées entre les membres d’une société. Bien que ces ressources soient multiples, l’Observatoire en a retenu trois dans son rapport : le revenu, la richesse (patrimoine), et la consommation, chaque angle fournissant un éclairage complémentaire.  Ce troisième billet d’une série de trois se penche plus spécifiquement sur l’une de ces ressources matérielles : la consommation.

Selon plusieurs économistes, la consommation de biens et de services reflète la qualité de vie sur le long terme au-delà de la situation financière à court terme et des étapes de la vie comme l’entrée ou la sortie de la vie active.

  • Exemples de services : soins de santé payés par le ménage, services de soins personnels, services de garde d’enfants, transport en commun, services récréatifs et de divertissement, frais de scolarité, etc.

  • Exemples de biens : logement, véhicule personnel, vêtements, ameublement et équipement ménagers, épicerie, produits de soins personnels, matériel de loisirs, matériel de lecture, fournitures scolaires, etc.

 

Le logement, le transport et l’alimentation sont, par ordre d’importance, les trois principaux postes de dépenses de consommation courante des ménages au Québec comme au Canada. Et plus le revenu des ménages est faible, plus le logement pèse lourd dans leurs dépenses. À l’inverse, les dépenses de loisirs tiennent une part plus importante chez les ménages à hauts revenus.

Les décisions de consommation des ménages sont guidées non seulement par leurs revenus et leurs épargnes actuels, mais aussi par leur projection de revenus et de coûts futurs. Ainsi, les dépenses de consommation en alimentation, logement, transport, loisirs, santé, éducation, etc. permettent de saisir des différences de qualité de vie et de compléter le portrait des inégalités économiques.

 

Comment mesure-t-on les inégalités de consommation ?

Les enquêtes de consommation sont la source de données privilégiée pour mesurer les inégalités en la matière. Au Canada, l’Enquête sur les dépenses des ménages (EDM) recueille régulièrement des informations sur les habitudes de consommation d’un échantillon de ménages dans chaque province depuis 1997, et ce, sur une base volontaire.

Comme toute enquête, elle comporte des limites, dont celle de la sous-déclaration. Ce manque d’informations concerne autant les déclarations des ménages les mieux nantis (plutôt en raison de l’évasion fiscale) et que celles des ménages les plus défavorisés (plutôt à cause des crédits d’impôt ou transferts en nature non comptabilisés).

 

La consommation est-elle inégale au Canada ?

Les inégalités de consommation au Canada et dans ses provinces se sont légèrement accrues de la fin des années 1990 au début des années 2000, puis se sont stabilisées. L’indice de Gini de la consommation totale pour le pays dans son ensemble est passé de 0,25 en 1997 à 0,28 en 2006 pour redescendre à 0,26 en 2009. Les inégalités de consommation sont un peu plus prononcées si l’on ne tient pas compte des dépenses liées au logement : en 2009, elles grimpent à 0,33.

Les dépenses de consommation des ménages sont à mettre en perspective avec leur utilisation de l’emprunt et du crédit. Si l’augmentation des prix de l’immobilier a fait croître le patrimoine, la dette hypothécaire a elle aussi progressé. C’est particulièrement le cas chez les classes moyennes considérées comme le moteur de la consommation. Quant aux familles moins nanties, qui sont en fait peu ou modérément endettées, elles ont plutôt recours au crédit à la consommation, de plus court terme. L’endettement d’un nombre croissant de ménages représente ainsi un facteur important d’inégalités économiques.

 

Les données et analyses présentées se trouvent dans le portrait général de l'Observatoire qui retrace l'évolution des inégalités économiques au Canada et en particulier au Québec au cours des 40 dernières années.

 

 

 

 

À propos de l'autrice de ce billet

Sandy Torres

Sandy détient un doctorat en sociologie de l’Université Toulouse-Jean Jaurès (France). Après plusieurs années entièrement consacrées à la recherche sociale appliquée, elle obtient un certificat en rédaction professionnelle de l’Université Laval. Elle devient rédactrice agréée (réd. a.) par la SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE LA RÉDACTION PROFESSIONNELLE (SQRP), puis réviseure agréée (rév. a.) par RÉVISEURS CANADA, en plus de remplir de nombreux mandats à titre de chercheuse indépendante.

Forte de son expérience diversifiée des enjeux socioéconomiques et territoriaux au Québec, elle souhaite contribuer à l'amélioration des conditions de vie.

 

 

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