Blogue de l'Observatoire

Comment la classe moyenne canadienne se porte-t-elle? Évolution et données récentes

Par Elmer van der Vlugt, chercheur, et Marie Lamarre, conseillère à la valorisation de la recherche 

 

Il y a près de deux ans, l’Observatoire s’était intéressé à la classe moyenne dans une première étude, en s’attardant principalement aux seuils pour en faire partie, et en exposant les défis méthodologiques propres à sa détermination.

Dans le cadre de la parution d’un rapport sur les tendances et des causes de l’évolution des inégalités économiques au Canada et au Québec, il convient de poser un nouveau regard sur ce groupe. Il y est notamment question du maintien de sa taille à travers les années, ainsi que du lien qu’elle entretient avec le niveau des inégalités dans une société.

 

Évolution des 40 dernières années

Peu de recherches se sont jusqu’à présent penché sur l’évolution des classes moyennes québécoises et canadiennes au cours des dernières décennies. Pourtant, l’importance en taille de celles-ci est généralement associée à la prospérité économique et à la cohésion sociale, mais reflète aussi les inégalités dans une société. La courbe de l’évolution de la classe moyenne au Québec et au Canada suit d’ailleurs de très près celle du coefficient de Gini dans les 40 dernières années, un indice de mesure des inégalités qui est particulièrement sensible aux changements qui interviennent au milieu de la distribution des revenus.

Entre 1976 et 1988, la classe moyenne est forte, mais entame ensuite une période marquée par des diminutions et des stagnations. Cette période qui s’étend sur deux décennies dure jusqu’en 2013, après quoi un rebond des classes moyennes semble se profiler.

 

Quelques spécificités provinciales

Pour ne donner qu’un exemple[1], un ménage québécois de quatre personnes qui ferait partie de la classe moyenne aurait un revenu disponible (après impôt et transferts) se situant entre 65 550$ et 131 100 $ En 2018, 52,2% de de population québécoise – peu importe la taille de son ménage – faisait partie de la classe moyenne, une statistique qui place le Québec au premier rang des provinces canadiennes, suivi du Nouveau-Brunswick (51,6%) et du Manitoba (51,2%). La figure ci-dessous montre ce classement, mais révèle aussi comment le Québec et d’autres provinces se distinguent par la taille des deux autres groupes aux extrémités de la distribution : les mieux nantis et les moins nantis.

 Si le Québec peut se targuer d’avoir une classe moyenne aussi importante, c’est notamment grâce à la forte relation qu’entretient celle-ci avec les mécanismes de redistribution. En effet, alors que la taille de la classe moyenne du Canada passait en 2018 de 48%, à 61% après l’intervention de l’état. Au Québec, la taille de la classe moyenne passe pour sa part de 47% à 64% après l’intervention de l’état.

 

Ce qui définit une classe moyenne

Malgré le fait que la composition de la classe moyenne ainsi que l’estimation de sa taille présentent de nombreux intérêts du point de vue de la recherche sur les inégalités économiques, le recours à ce groupe comme une entité homogène appelle à la prudence. Il n’existe en effet ni définition claire de ce qu’est la classe moyenne, ni méthode consensuelle permettant d’en estimer la taille. De plus, les personnes qui s’y trouvent peuvent avoir des conditions de vie très disparates, avec les expériences diversifiées que celles-ci entraînent. Ainsi il conviendrait plutôt de parler des classes moyennes.

Voici néanmoins trois manières différentes de définir les classes moyennes :

1. Les mesures économiques

Surtout basées sur le revenu de l’individu, ces mesures qualifieront une personne comme appartenant à la classe moyenne notamment lorsque :

  • Son revenu s’approche de la médiane de sa province ou de son pays (par exemple, entre 75 % et 150 % du revenu médian).

  • Son revenu la classe au centre de la distribution de sa région (par exemple, entre les deuxièmes et quatrièmes quintiles.

  • Son revenu s’éloigne suffisamment des seuils de pauvreté de sa région (par exemple, à partir de 150 % du seuil de pauvreté ou plus).

  • Son revenu la permet un certain pouvoir d’achat absolu (par exemple, le ménage auquel elle appartient dispose de 10 à 100 $ par personne par jour).

 

2. Les qualifications 

Si l’éducation est un facteur important pour l’emploi, le revenu et le statut social, le lien entre le niveau d’éducation (sans égard au domaine) et la classe sociale semble moins fort qu’auparavant. Toutefois, la catégorisation des qualifications et leur lien avec la classe moyenne comprennent :

  • Le type d’emploi (ou occupation) en différents groupes comme les cadres, les professionnels et les ouvriers (les termes utilisés varient).

  • L’image de l’emploi importe, sans considération pour le salaire (par exemple, un contrat permanent vs un contrat déterminé).

  • L’éducation : secondaire et moins, collégial, baccalauréat et plus.

 

3. Les mesures culturelles

Les mesures culturelles, finalement, concernent notamment les éléments associés au mode de vie de la classe moyenne, que ces éléments soient présents ou seulement une aspiration. Ces aspirations changent et diffèrent à travers le temps et la population, mais il y a des tendances qui se distinguent, parmi lesquelles :

  • Offrir à leurs enfants l’éducation universitaire.

  • Être propriétaire de leur maison.

  • Posséder des fonds pour la retraite.

  • Pouvoir faire un voyage par année.

  • Posséder une voiture pour chaque adulte.

 

Une autre manière de déterminer les attitudes en matière de classes sociales est de carrément demander aux gens à quelle classe sociale ils s’associent. Or, la perception de soi dévie beaucoup des mesures économiques. Notamment, les personnes avec des revenus considérables sont peu enclines à dire faire partie des mieux nantis, s’identifiant plutôt aux classes moyennes.

 

[1] Les seuils employés ici sont fixés entre 75% et 150% du revenu médian, tels qu’appliqués, par exemple, par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke, l’Institut du Nouveau Monde (INM) et le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CRÉDOC).

 

 

À propos de l'autrice et de l'auteur de ce billet

Marie Lamarre

Marie détient un baccalauréat en littérature et cinéma de l’Université de Montréal. Elle a participé en 2013 à la fondation des Productions Somme toute, un groupe d’édition montréalais spécialisé dans la publication d’essais sociopolitiques et d’ouvrages sur l’histoire culturelle québécoise. À titre d’éditrice, elle y a réalisé plus d'une vingtaine de projets, en plus d'assurer la direction de la maison Tête première, pour les œuvres de fiction littéraire. Elle œuvre toujours comme consultante indépendante en édition.

 

 

Elmer van der Vlugt

Elmer détient une maîtrise en politiques publiques de l’Université du Michigan (États-Unis) ainsi qu’un baccalauréat en sciences politiques (Université de Leyde, Pays-Bas) et une mineure en économie (Université Libre d’Amsterdam, Pays-Bas).

Avant de rejoindre l’équipe de l’Observatoire, Elmer a travaillé pour divers organismes privés et publics, se spécialisant en analyse politique et en recherche économique.

 

 

 

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